RENCONTRE BILAN DU 66e FESTIVAL D'AVIGNON - 15 OCTOBRE 2012

L'artiste associé de cette 66e édition est l'acteur et metteur en scène Simon McBurney. Après avoir suivi l'enseignement de Jacques Lecoq à Paris, il rentre à Londres où il fonde sa compagnie, Complicite, qui ne connaît de frontières ni géographiques ni artistiques. Chacune de ses créations est l'occasion de rassembler des collaborateurs usant de tous les médias possibles : les mots, souvent adaptés de la littérature, les corps, les gestes, les images et la musique. Ensemble, ils trouvent un langage commun en créant un théâtre iconoclaste et émouvant. Le choix de Simon McBurney d'adapter, pour la Cour d'honneur du Palais des papes, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov témoigne de son désir de mettre en scène des histoires foisonnantes, où les époques et les imaginaires s'entremêlent, et de considérer le théâtre avant tout comme un lieu d'invention et d'engagement.
Cette démarche se retrouve chez son complice, l'écrivain anglais John Berger, qui marquera aussi cette édition. Avec ses écrits, il raconte sans compromis l'homme et sa capacité d'aimer, la société et ses injustices ou encore les oeuvres d'art et leur force mystérieuse.
L'esprit de « complicité » traversera cette édition, pour laquelle nous avons convié des artistes venus de différents horizons qui, en inventant leur théâtre, nous questionnent sur ses fondements :
- un théâtre qui s'interroge sur ce qu'est une forme contemporaine, avec des textes du répertoire revisités par Arthur Nauzyciel ou Stéphane Braunschweig, des textes écrits aujourd'hui par Guillaume Vincent ou Christophe Honoré, dont une autre pièce sera mise en scène par Éric Vigner, des performances théâtrales comme celle proposée par le groupe Forced Entertainment ;
- un théâtre en prise avec le réel pour parler des dérives des systèmes financiers avec Nicolas Stemann ou Bruno Meyssat, des violences politiques en Colombie avec le Mapa Teatro, au Liban avec Lina Saneh et Rabih Mroué, aux frontières de l'Europe avec Fanny Bouyagui, mais aussi du risque écologique avec Katie Mitchell ou Thomas Ostermeier qui met en scène Henrik Ibsen ;
- un théâtre où la musique nourrit tout autant la dramaturgie que les mots et les images, comme chez Christoph Marthaler, William Kentridge, la compagnie 1927 ou Séverine Chavrier ;
- un théâtre qui puise sa force narratrice dans la littérature contemporaine, que ce soit celle de J. M. Coetzee pour Kornél Mundruczó, de David Peace pour Jean-François Matignon ou encore d'Elfriede Jelinek, de W. G. Sebald ou du Nouveau Roman ;
- des pièces inspirées des arts visuels et de la performance, offrant des moments d'expérience sensible inédits comme chez Markus Öhrn, Romeo Castellucci, Steven Cohen, Jérôme Bel et Romeu Runa, ou encore l'exposition de Sophie Calle ;
- des pièces trouvant dans le corps et la chorégraphie le moyen de réfléchir à ce qui nous rassemble et nous distingue comme avec Sidi Larbi Cherkaoui, Josef Nadj, Olivier Dubois, Régine Chopinot, Nacera Belaza ou La Revue Éclair.
Ces artistes cherchent à faire de la représentation un espace de risque et de partage. Sans doute est-ce aussi ce qui conduisit Jean Vilar à inventer dès 1947 son propre théâtre dans la Cour d'honneur du Palais des papes, puis, après avoir arrêté de mettre en scène au milieu des années 60, à y inviter d'autres artistes audacieux, souvent éloignés de sa propre esthétique. Nous célébrerons le centième anniversaire de sa naissance avec un spectacle de la compagnie KompleXKapharnaüM, et avec la Maison Jean Vilar.
Le croquis qui figure sur la couverture de cet avant-programme est issu d'un cahier de répétitions de l'artiste William Kentridge. Il nous évoque le courage qu'il faut pour construire librement une pensée et prendre la parole pour l'exprimer. Nous souhaitons que, cet été encore, le Festival soit un lieu où cette liberté puisse s'exercer, pour les artistes comme pour les spectateurs.
Nous vous y attendons.
Hortense Archambault et Vincent Baudriller
directeurs
Avignon, le 5 mars 2012
66e édition du Festival d'Avignon
7-28 juillet 2012
Le 66e Festival d'Avignon s'est achevé samedi 28 juillet 2012.
Le Off s'est poursuivi jusqu'à cette même date.
À l'image du travail de l'artiste associé, le metteur en scène britannique Simon McBurney, cette édition a fait se croiser le théâtre et la littérature, le corps et les mots, les arts visuels et la musique, dépassant les frontières artistiques comme géographiques.
L'énergie de la création a irrigué le Festival d'Avignon. Sur les 42 spectacles (hors les 8 créations des Sujets à Vif), 28 ont été des créations, 6 des premières en France, 16 ont été donnés en langue étrangère surtitrés en français. Ces spectacles, conçus par des artistes de générations et de pays différents, ont tous abordé les plateaux avec engagement et une réelle liberté, questionnant ce qui fait aujourd'hui théâtre.
C'est justement par cette interrogation, mise en perspectives par le philosophe Alain Badiou, que s'est ouvert le Théâtre des idées. Fondé sur des interventions dialoguées d'intellectuels, ce cycle de rencontres a contribué à éclairer certaines notions questionnées par la programmation : l'altérité, le temps, les crises économique et écologique.
Le Festival d'Avignon s'est à nouveau affirmé comme un lieu de prises de risque artistiques, de dialogue et d'ouverture à un large public, s'inscrivant dans la démarche de Jean Vilar quand il fonda le Festival en 1947 puis le transforma en 1966 et 1967 en l'ouvrant à de multiples formes artistiques. Jean Vilar, dont nous avons célébré le centenaire de la naissance, principalement avec un spectacle gratuit conçu par le collectif KompleXKapharnaüM. Proposé le 14 juillet sur la place du Palais des papes, Place Public a réuni plus de 8 000 spectateurs qui ont pu à travers ce spectacle mieux comprendre et interroger l'héritage du fondateur du Festival.
Le Festival d'Avignon est également un forum où sont notamment débattues les questions de politiques culturelles. Cette 66e édition a reçu la visite du président de la République, François Hollande, visite d'une grande portée symbolique puisque cela ne s'était produit qu'en 1981. Il a notamment pris le temps d'une rencontre avec la direction et des artistes du Festival lors d'un dîner, accompagné du ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Michel Sapin, et de la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti. Cette dernière est d'ailleurs venue à plusieurs reprises au Festival. Le Festival a également accueilli la commissaire européenne à l'Éducation, la Culture, le Multilinguisme et la Jeunesse, Androulla Vassiliou ainsi que de nombreux élus et représentants des collectivités territoriales.
Pour la 7e année consécutive, la fréquentation globale dépasse les 90 %. À ce jour, le nombre de billets délivrés est de 135 800, correspondant à un taux de fréquentation de 94 %. Une fois encore, le public a massivement témoigné de son envie de participer au Festival en investissant tous les lieux de débats et de rencontres qui lui sont proposés (11 000 entrées ont notamment été enregistrées à l'École d'Art).
L'équipe du Festival a poursuivi ses actions d'ouverture vers de nouveaux publics, notamment en organisant, avec les Ceméa, le séjour de 780 lycéens venus de toute la France ou encore en poursuivant sa collaboration avec le Centre pénitencier d'Avignon-Le Pontet où Juliette Binoche, Simon McBurney et John Berger ont donné une lecture du roman de ce dernier, De A à X, présentée deux jours plus tôt dans la Cour d'honneur. Par ailleurs, le Festival d'Avignon a renforcé ses liens avec des associations locales en imaginant avec elles des parcours pour des jeunes et des adultes n'ayant pas l'habitude de s'y rendre et habitant notamment les quartiers de Monclar et de Champfleury.
C'est à l'intersection de ces deux quartiers d'Avignon que se construit La FabricA, le lieu de répétitions et de résidence du Festival d'Avignon. Ce lieu ouvrira en juillet 2013, pour une nouvelle édition pour laquelle Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont choisi deux artistes associés : l'auteur, acteur et metteur en scène Dieudonné Niangouna, et l'acteur et metteur en scène Stanislas Nordey.
Avignon, le 28 juillet 2012